Mnème

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Cette page vise à clarifier :
  • la nature du mnème comme réalité mémorielle, y compris de la personne humaine,
  • son expression juridique partielle à travers le patrimoine culturel immatériel (PCI) reconnu par la Convention de l’UNESCO du 17 octobre 2003 (inscrite à l'article 1 du Code du Patrimoine)
  • l’application du RGPD aux formes transcrites de cette mémoire,
  • et son expression technique contemporaine à travers le concept de mnémosome comme témoin numérique archivable.


Mnème, Patrimoine culturel immatériel et Mnémosome

Nous nous heurtons ici a l'utilisation par Ampère (XIX°) et Semon (XX°) du même mot "mnème" selon deux perspectives : comme un ensemble (Ampère) et comme une unité (Semon).

1. Le mnème d'Ampère : réalité mémorielle humaine

Le mnème désigne la réalité mémorielle globale d’une personne, d’un groupe ou d’une communauté. Il correspond à l’ensemble vivant, évolutif et constamment auto-maturé des traces de :

  • pratiques,
  • savoirs,
  • expériences,
  • méthodes,
  • représentations,
  • transmissions,
  • intellitions (l'information est ce qui est reçu, l'intellition est ce qui est intelligé par l'intellection).

Le mnème d'Ampère (somme de mnèmes de Semon) :

  • est intérieur immatériel à toute formalisation,
  • est plus large que toute qualification patrimoniale,
  • correspond à la personne (ou au collectif) en tant que sujet mémoriel.

Le mnème n’est pas, en tant que tel, un objet juridique ni un bien. Il constitue une réalité anthropologique et mémorielle.

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2. Du mnème au patrimoine culturel immatériel (PCI)

La Convention du 17 octobre 2003 de l’:contentReference[oaicite:0]{index=0} reconnaît l’existence d’un patrimoine culturel immatériel porté par :

  • des communautés,
  • des groupes,
  • et, le cas échéant, des individus.

Le texte ne définit pas ontologiquement ce patrimoine, mais en reconnaît l’existence dès lors qu’il est :

  • porté,
  • transmis,
  • reconnu comme tel par ses porteurs.

2.1 PCI comme extraction patrimoniale du mnème

Le PCI ne recouvre pas l’intégralité du mnème. Il correspond à une partie du mnème :

  • sélectionnée,
  • reconnue,
  • qualifiée juridiquement comme patrimoine culturel.

Ainsi :

  • le mnème est plus large que le PCI,
  • le PCI est une qualification juridique partielle du mnème.

Cette qualification repose sur la souveraineté des porteurs : ce sont eux qui identifient ce qui relève de leur patrimoine culturel.

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3. Otium et negotium : deux régimes de patrimonialité

Avant 2003, la patrimonialité reconnue juridiquement portait principalement sur :

  • des objets matériels ou matérialisés,
  • des droits attachés à des œuvres fixées,
  • relevant du negotium (production, échange, valorisation).

La Convention de 2003 adjoint à ce régime la reconnaissance de constituants issus de l’otium :

  • temps de pensée,
  • de recherche,
  • de pratique,
  • de transmission non marchande.

Il en résulte deux régimes coexistants :

  • patrimonialité fondée sur l’objet possédé (negotium),
  • patrimonialité fondée sur la mémoire portée (otium).

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4. Le mnémosome : état descriptif et témoin numérique

Le mnémosome désigne :

  • la somme constituée des traces mémorielles maturées,
  • correspondant à un état donné du mnème à un moment donné.

Le mnémosome :

  • n’est pas le mnème lui-même,
  • n’est pas en soi un bien,
  • est comparable à un inventaire ou un état descriptif.

4.1 Transcription et archivage

Le mnémosome peut faire l’objet :

  • d’une transcription écrite,
  • d’une numérisation,
  • d’un archivage,
  • d’un usage comme substrat dans un contexte d’intelligence artificielle.

Ces formes :

  • ne créent pas le mnème,
  • n’épuisent pas sa réalité,
  • constituent des témoins techniques de son état.

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5. RGPD et protection des personnes

Lorsqu’un mnémosome est transcrit et traité, il contient des données à caractère personnel au sens du RGPD de l’:contentReference[oaicite:1]{index=1}.

5.1 Personne concernée principale

La première personne concernée par un mnémosome est le porteur lui-même, puisque le contenu décrit en premier lieu son état mémoriel.

Des personnes concernées secondaires peuvent exister lorsque des tiers sont mentionnés.

5.2 Conséquences

Le mnémosome transcrit est justiciable du RGPD :

  • indépendamment de sa qualification patrimoniale,
  • indépendamment de son usage culturel ou scientifique.

La reconnaissance du PCI n’exonère pas des obligations de protection des données personnelles.

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6. Articulation synthétique

Niveau Désignation Statut
Réalité humaine Mnème Réalité mémorielle globale
Qualification juridique PCI Extraction patrimoniale du mnème
État descriptif Mnémosome Témoin d’un état du mnème
Support Archive / Numérique Modalité technique
Protection des personnes RGPD Droit fondamental

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Conclusion

La Convention de 2003 reconnaît juridiquement une réalité mémorielle sans en définir la nature. Le mnème nomme cette réalité. Le PCI en est l’expression juridique partielle. Le mnémosome en est le témoin technique archivable. Le RGPD garantit que cette patrimonialité ne se fasse jamais au détriment des personnes.

Cette articulation permet de penser conjointement :

  • mémoire,
  • droit,
  • technique,
  • et responsabilité.