"citoyennement"

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On peut actuellement discerner une réémergence, sous une forme radicalement nouvelle, du « citoyen » comme acteur du savoir, après une longue période de domination des institutions spécialisées (universités, laboratoires).

Retraçons brièvement l'évolution des sources du savoir occidental :

  • Les sages mésopotamiens et égyptiens : Le savoir était sacerdotal et pratique, détenu par une caste (prêtres, scribes) au service du pouvoir (temple, palais). Sa production et sa conservation étaient centralisées et liées à des fonctions religieuses, administratives ou techniques (astronomie, architecture).
  • Les citoyens athéniens et romains : Avec la scholè (loisir consacré à l'étude) et l'otium (loisir des affranchis des tâches productives), une nouvelle figure émerge : le citoyen lettré, pour qui la réflexion et la pédagogie philosophiques, politiques, historiques ou scientifiques sont une composante de la vie civique. Le savoir devient (pour une élite, il est vrai) un bien discuté à l'agora, au forum, dans les écoles. C'est une première « démocratisation » relative, bien que très restrictive socialement.
  • L'ère des institutions spécialisées : Après l'Antiquité, le savoir s'est progressivement retranché dans des monastères, puis des universités, des académies et enfin des laboratoires industriels ou institiutions tatiques. L'expert a remplacé le sage et le citoyen lettré comme figure dominante de la production de connaissances. La légitimité venait du diplôme et de l'affiliation institutionnelle.

La réémergence actuelle du « citoyen connaisseur » s'opère sur des bases entièrement nouvelles :

  • Technologie et accès : Internet, les bases de données ouvertes, les outils de calcul et de communication ont brisé le monopole de l'accès à l'information et aux moyens de production du savoir.
  • « Science citoyenne » : Des projets comme Galaxy Zoo ou eBird mobilisent des milliers de non-spécialistes pour collecter ou traiter des données, contribuant directement à la recherche en astronomie, écologie, etc.
  • Enquête et journalisme citoyen : L'utilisation d'outils d'analyse d'images satellites, de fuites de données (à la manière de Bellingcat), permet à des collectifs de mener des investigations d'une rigueur inédite en dehors des rédactions traditionnelles.
  • Savoirs pratiques et collaboratifs : Les plateformes de partage (Wikipedia, forums spécialisés, tutoriels YouTube) constituent une immense bibliothèque vivante et collaborative, où l'expertise pratique est valorisée autant que le savoir académique.
  • Critique et vigilance citoyenne : Des communautés analysent les publications scientifiques, les décisions politiques ou les algorithmes, exerçant une forme de "peer-review" ou de "contre-pouvoir" décentralisé.

Cette nouvelle figure du citoyen-chercheur présente des caractéristiques uniques :

  • Démocratique et horizontale : Elle est fondée sur le volontariat, la collaboration et souvent l'open source.
  • Hybride : Elle mêle savoir académique, compétences techniques autodidactes et expérience de terrain.
  • Réticulaire et agile : Elle opère en réseaux, en dehors des lourdeurs institutionnelles.
  • Engagée : Elle est souvent motivée par des enjeux civiques, environnementaux ou de justice.

Emergence du TechOtium

Ce que nous sommes en fait en train de voir émerger est un "TechOtium" ouvert à tous, avec une "intelliteratie" paratagée. C'est ce "technotium", porteur de ce qui devient l'"intellitium" global que nous sommes en train de considérer, d'expérimenter et de voir s'établir à travers la société civile montpelliéraine.

Enjeux et questions

Cette réémergence pose aussi des défis : la vérification des sources, la lutte contre la désinformation, la reconnaissance de ces savoirs par les institutions, et la question de la représentativité (fracture numérique, temps disponible).

Il semble s'agir d'un tournant majeur. Nous assistons probablement à la naissance d'un nouvel écosystème du savoir, où le citoyen informé et connecté n'est plus seulement un récepteur ou un amateur éclairé, mais un nœud actif dans un réseau mondial de production et de critique des connaissances.

C'est une reconfiguration profonde de l'idéal antique de la scholè, désormais potentiellement à la portée de millions d'entre-nous, et non plus d'une élite oisive.